Il y a 3 ans de cela, nous avons exploré l’un des plus grands sites industriels d’Europe à l’abandon : le HF-B. C’est d’ailleurs lors de cette excursion que l’ESCOUADE CH’TITURBEXEUR a été créée. Nous avons pensé qu’une nouvelle expédition de ce type pourrait être envisageable à organiser, d’autant plus que nous avons depuis un moment l’envie d’une petite virée, une fois de plus, dans cette célèbre ville réputée pour son industrie en décomposition.
C’est ainsi que nous prenons la décision de notre prochaine destination : la cokerie et la centrale électrique du HF-5, plus difficile d’accès et plus petit que le HF-B, mais tout aussi intéressant d’un point de vue photogénique. Malheureusement, à la veille de l’exploration, seules Clément, surnommé « Le Polyglotte », et moi-même pouvons être présents. Étant donné que nous ne sommes que deux, j’ai proposé de partager cette journée avec MO – PHOTOGRAPHY, ce qu’elle et son compagnon ont accepté sans hésitation.



A l’abandon depuis 2008, ce site avait deux rôles majeurs : la fabrication de la synthèse de coke et de différents gaz dans la cokerie et la production d’énergie électrique. La cokerie a fonctionné pendant 56 ans, disposant un total de 122 fours en ligne, offrant une capacité de production de 750 kilotonnes de coke sidérurgique distribuées aux hauts fourneaux à proximité.
Toutefois, dans les années 90, la cokerie devient une source de problèmes environnementaux réels pour la région. Confrontée à de nombreuses plaintes l’entreprise étudie trois solutions : construire une nouvelle usine, moderniser celle déjà existante ou la fermer définitivement. En raison de contraintes financières, la décision finale de l’entreprise a été de choisir la troisième option, mettant ainsi 250 employés au chômage après avoir consacré corps et âme à ce métier à haut risque.






Ce n’est pas dans mes habitudes de décrire les points d’entrée d’un site, mais je me sens obligé de vous raconter brièvement cette première péripétie : une partie de l’accès consiste à marcher sur un pont de voie ferrée au-dessus d’une route large de 15 mètres. Le seul petit problème est qu’il ne reste que la structure métallique du pont, autrement dit, rien ne bloque la vue vers le bas. Deux d’entre nous avaient le vertige, l’un était serein, et moi-même ressentais pour la première fois de ma vie la peur du vide. Grâce à l’aide du plus aisé, nous parvenons à passer cette obstacle et à continuer notre route vers la cokerie.
Sur place, on constate le manque d’entretien durant une quinzaine d’années : les surfaces sont maculées de matières sombres, la grande majorité des plateformes métalliques sont rouillées, et la pollution nous saute aux yeux, surtout à notre nez. Je regrette de ne pas avoir pris mon stock de masques FFP2 dans mon sac, initialement acheté pour l’épidémie de coronavirus. Pas le choix, je mets en place mon système D en utilisant mon foulard pour couvrir mon nez et me protéger autant que possible de l’air environnant.
la plupart des équipements ont été complètement démantelés, mais on peut encore apercevoir des machines imposantes dans différents secteurs, des cuves de sous-produits avec un conditionnement douteux et quelques équipements de sécurité des employés. Ce que j’aime avant tout, dans ces types d’industrie, est la grandeur des infrastructures et d’imaginer la puissance dégagée auparavant. Cette cokerie est vraiment intéressante avec sa multitude de réseaux de tuyaux : ça part dans tous les sens, mais tout est bien ordonné.



Nous avons réussi à faire de jolis clichés dans la cokerie, mais notre objectif principal était de trouver une entrée dans l’enceinte de la centrale électrique, précisément dans la salle des générateurs. Notre première tentative nous a dirigés vers une fenêtre légèrement en hauteur, donnant sur un local lugubre et poussiéreux où un liquide non identifié, de couleur rouille, stagnait au sol. Malheureusement, la seule porte de ce local menant à la salle convoitée était barricadée par des armoires lourdes et des chaînes. La deuxième option consistait à monter sur une passerelle métallique en utilisant une échelle de service, à progresser à environ 20 mètres de hauteur et à pénétrer dans le bâtiment par une grande fenêtre. Cependant, une fois sur la passerelle, j’ai réalisé en m’appuyant dessus que celle-ci était très fragile. De gros morceaux de fer rouillé tombaient sur mes compagnons. Sans hésiter, je suis redescendu calmement, et nous avons cherché d’autres options viables. Malheureusement, aucune alternative n’était possible et sécurisée, nous contraignant à rebrousser chemin vers les zones non explorées de la cokerie.
Le reste de la visite se déroule normalement, bien que marqué par un sentiment d’insécurité dû aux fortes odeurs de gaz et de liquides peu écologiques, jusqu’à ce que nous prenions la décision de quitter les lieux. En retournant vers cette fameuse entrée, nous découvrons une partie importante du désastre écologique de cette cokerie : les cuves contenant du goudron de houille sont dégradées, laissant échapper cette matière toxique pour former une marée noire et visqueuse sur le chemin. La simple pensée d’un possible incendie et des dégâts qui pourraient en découler me remplit d’appréhension. Heureusement, un projet d’écosystème verra le jour en 2029, permettant de dynamiser cette région et de dépolluer cette usine une bonne fois pour toute.

